Le souffle du Thé: voyage parmi les thés japonais
Au Japon, le thé n’est pas seulement une boisson : c’est un art de vivre, un langage silencieux.
Depuis plus de mille ans, il accompagne les gestes quotidiens, les rencontres, les saisons.
On dit qu’il révèle l’état de l’âme de celui qui le prépare, et qu’il invite celui qui le boit à revenir à l’instant présent. Le thé japonais ne se boit pas : il s’écoute.
Chaque feuille raconte l’histoire du soleil, de la pluie, des mains patientes qui l’ont cueillie au matin.

Quand on parle du thé japonais, on pense souvent au thé Matcha. Mais il y en a tellement d’autre ! Moins connus, mais tout aussi divins ! Hojicha, Genmaicha, Sencha, Gyokuro, Bancha…
Lors de mes escapades japonaises, j’ai pu en goûter différentes sortes et différentes déclinaisons autour du thé matcha : matcha latte, mochi, glace, gâteau… Après bien sûr, il ne faut pas oublier que le « matcha classique », se boit chaud, sans lait.
Matcha — Le rituel du présent
Issu du même thé que le Gyokuro, mais réduit en poudre, le Matcha est au cœur de la cérémonie du thé (Cha no Yu).
Plus qu’une préparation, c’est une pratique spirituelle : respirer, observer, verser, fouetter.
Chaque geste honore l’instant.
Préparation traditionnelle (Usucha – matcha léger) :
- Tamiser 1 à 2 g de matcha.
- Ajouter environ 70 ml d’eau à 80°C.
- Fouetter au chasen en formant un W, jusqu’à obtenir une mousse fine.
Poudre fine, d’un vert éclatant, il se mêle à l’eau sous le geste circulaire du fouet en bambou, le chasen. Ce mouvement est un souffle, une danse lente où chaque geste compte. Boire le Matcha, c’est poser le monde à côté de soi et dire : “Pour l’instant, je suis là.”
C’est ce thé qui est servi lors des cérémonies du thé par les geishas. Tout d’abord, vous aurez une pâtisserie, car en effet, il ne faut pas oublier que le thé matcha est doté d’amertume*. Le cérémonial, veut que l’on commence par manger une petite douceur pour mieux l’apprécier. Puis le thé sera servi dans un magnifique bol prévu à cet effet. Tenu à la japonaise, avec délicatesse, vous pourrez alors apprécier tous les arômes et goûts qui s’en dégagent.
* C’est tout à fait normal, mais les influenceuses d’aujourd’hui on a peu tendance à l’omettre. C’est pour cela qu’avec les goûts sucrés occidentaux, on le préfèrera « latte », pour plus de douceur.

Sencha — La lumière du quotidien
Le Sencha est le thé le plus consommé au Japon.
Cultivé en plein soleil, il concentre la fraîcheur végétale des jeunes pousses.
Dans la tasse, il révèle souvent des notes herbées, légères, parfois iodées, comme un matin clair au bord de la mer.
Conseils d’infusion :
- Température : 70°C à 80°C
- Feuilles : 2 g pour 100 ml
- Temps : 1 minute pour la première infusion
Une eau trop chaude le rend amer ;
la douceur vient de la patience.
Gyokuro — L’élégance de l’ombre
Le Gyokuro est un thé d’exception.
Avant la récolte, les théiers sont ombragés pendant environ trois semaines, ce qui intensifie leur douceur naturelle, appelée umami.
Sa liqueur est veloutée, presque sucrée, une expérience intime, presque méditative.
Conseils d’infusion :
- Température : 50°C à 60°C
- Feuilles : 3 à 4 g pour 100 ml
- Temps : 2 minutes
Ici, la douceur prime.
On ne cherche pas la chaleur, mais la profondeur.
Hojicha — La chaleur du crépuscule
Le Hojicha est un thé torréfié, souvent issu de feuilles de bancha ou de kukicha.
Sa torréfaction lui confère des notes toastées, boisées, légèrement caramélisées.
C’est le thé des soirées tranquilles, doux et réconfortant. Faible en caféine, il accompagne la fin du jour.
Conseils d’infusion :
- Température : 90°C
- Feuilles : 2 g pour 100 ml
- Temps : 30 secondes
Un thé qui se boit sans attente ni cérémonie,
juste avec soi-même.
Plus qu’un thé : une posture intérieure
Prendre le thé, au Japon, c’est apprendre la lenteur intentionnelle.
C’est laisser les saveurs se déposer, comme les pensées se posent au fond du verre lorsqu’on cesse de les agiter. La tasse devient un miroir : on y voit ce que l’on apporte en la tenant.